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Stefan Zweig  


Stefan Zweig (1881-1942)

Le désir d'une vie sans "jeu" : le "politique" éclipsé

 

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Au cours de ce mois d'Août 2015, le 3 très exactement, dans le journal "Le Monde", on pouvait lire un entrefilet intitulé "Cent vingt-six ans après, le mystère de Mayerling élucidé". Quantité de Romans, de Pièces de théâtre et de Films s'inspireront de ce mystère. Mais quel est donc ce mystère ?

Le 28 Janvier 1889, le fils de l'Empereur François-Joseph, héritier de la double monarchie Autriche/Hongrie, Rodolphe de Hasbourg (cf.Sisi), est retrouvé mort avec sa maîtresse Marie Vetsera dans le village de Meyerling, à quelques kilomètres de Vienne, dans un pavillon de chasse. Suicide romantique de deux amants ? Suicide politique ? (différences de vues avec son père). Assasinat politique ? (complot). Toutes les suppositions sont faites. Des lettres de Marie Vetsera, retrouvées cet été confirmeraient le suicide. Mais, était-il Romantique ou Politique ?

Le 22 Février 1942, Stefan Zweig, homme de Lettres,  autrichien, est retrouvé mort avec sa femme : le suicide ne fait aucun doute. Quel sens donner à ce suicide ? Important Homme de Lettres, Zweig vient de terminer deux livres clés : "Le Monde d'hier", sorte d'autobiographie intellectuelle, et "Le joueur d'échecs". Ces deux textes peuvent peut-être éclairer ce geste et de ce fait nous permettre de saisir la problématique contre laquelle s'arc-boute cette magnifique oeuvre littéraire.

Suicide Romantique ?

Par amour d'une femme, certainement pas. Zweig, au niveau de sa vie privée, n'apparaît pas comme un grand amoureux, ni un grand séducteur. Trois figures féminines jalonnent sa vie.

 Lotte, avec laquelle on le trouve mort, était sa femme depuis peu de temps (1939). Rencontrée à Londres où il avait émigré et où il s'était installé définitivement pour prendre ses distances avec Hitler, avec le nazisme (il n'avait pas supporté que sa maison de Salzbourg, en Autriche, ne soit fouillée), Lotte était devenue sa secrétaire. Elle était une bonne co-équipière pour ce qui lui tenait le plus à coeur : l'écriture de ses livres. Le mariage fut décidé pour pouvoir émigrer ensemble à New-York. Lotte était une femme fragile, malade.

Friderike, sa première femme (1912- il a 31 ans), était, au contraire, une femme forte, d'envergure. Lorsqu'elle le rencontrera, elle était mariée et avait deux filles (il ne pourra se marier avec elle qu'en 1920). Elle s'occupait de toutes les contingences matérielles. Il divorcera en 1938. Il ne l'avait pas emmenée dans sa fuite de l'Autriche. Lorsqu'il la rencontra, par hasard, peu de temps avant son suicide, il sera bouleversé.

Sa mère, "une Brettauer", aux origines italiennes, du milieu de la banque, se considère comme supérieure à son mari qui, lui, est un industriel. Né dans le milieu paysan de Moravie, son père a franchi petit à petit, sans prendre de risque et sans aucune fierté particulière, les étapes qui l'ont mené de son métier de Tisserand à son Usine. Juif, plus que l'argent, il aime la culture, une culture différente, moins faire valoir, que celle de sa mère qui, un peu fantasque, aime briller dans les salons : ces mondanités l'intéressent d'ailleurs davantage que ses enfants dont elle laisse à d'autres le soin de s'occuper. L'affect est peu considéré par elle. Sa seule préoccupation est leur éducation, la "culture", celle de sa famille à elle. Elle mourra en 1938, l'année où Zweig divorcera.

 

Dans "Le joueur d'échecs", les femmes, peu présentes, sont des femmes sur lesquelles on peut compter :

 * la femme du narrateur - anodine mais coopérante : "... ma femme qui joue encore moins bien que moi."

* la gouvernante du Dr B - femme de confiance : "... j'avais expédié à mon oncle, à la dernière minute et par l'intermédiaire de ma gouvernante, les documants les plus compromettants."

* l'infirmière - attentionnée : "Une femme venait vers moi, la démarche légère, qui portai une coiffe blanche, une infirmière. Je frissonnai, ravi : je n'avais pas vu de femme depuis un an. Sans doute regardai-je cette gracieuse apparition avec des yeux extasiés et brûlants, car elle me dit avec force et douceur : - Restez tranquille ! Bien tranquille !"

La femme, dans sa chair, est tenue, chez Zweig,  à distance lorsqu'il est dans l'engagement social ; elle reste mystérieuse pour lui, et peut-être dangereuse, même s'il la reconnait. Par contre, dans sa vie la plus privée, il sait parfaitement s'enflammer pour le corps de celles qu'il appelle les "femmes sucrées", s'enflammer...

"Adieu...et laisse moi... te donner un baiser en cet instant d'adieu.   Comme soulevé par une puissance magique, je chancelai vers lui. Cette clarté confuse qui d'habitude était comme arrêtée par une trouble fumée, brilla maintenant dans ses yeux : une flamme brûlante monta en eux. Il m'attira à lui, ses lèvres pressèrent avidement les miennes, en un geste nerveux, une sorte de convulsion frémissante il serra mon corps contre lui.   Ce fut un baiser comme je n'en ai jamais reçu d'une femme, un baiser sauvage et désespéré comme un cri de mort "      

  La confusion des sentiments

 

 En définitive Zweig semble ajuster difficilement  son corps et son esprit . La passion*, plus que l'amour, le préoccupe car n'est-ce pas en elle que se révèle cette césure, cette dichotomie, cette contradiction qui l'écartèle ? Rien de plus flou que l'objet de la passion ; toutes les confusions quant à l'objet de ce désir semblent possible. Cette passion, il va l'explorer tout au long de son oeuvre, à la recherche, peut-être, d'une libération qu'il ne trouvera pas.Cette nouvelle "Le joueur d'échecs", où la passion est là, celle du jeu, ne serait-elle pas cette ultime tentative ?

Mais, n'oublions pas que nous sommes à Vienne, où Freud  va justement pointer ce sujet en supposant l'existence de l'inconscient. Zweig fut si proche de Freud qu'il prononça quelques mots sur son cercueil, le 26 Septembre 1939. Proche, il l'est sentimentalement -Zweig est un homme d'amitié - car l'autre lui est essentiel (citons : Romain Rolland dont il apprécie le pacificisme ; Verhaeren que l'enthouiasme ravit). Proche, parce que l'altérité de sa pensée, avec cette prise en compte de l'irrationnel, l'interpelle, le séduit, lui qui n'arrive pas à sortir du règne de la raison. Zweig cherchera à l'approcher au plus près, mêlant biographie, pensée, interprétation comme il le fera avec de nombreux autres penseurs, artistes, hommes ou femmes politiques ; il en fait la genèse ; tout se passe comme s'il essayait de se les approprier, comme pour en faire un miroir de lui-même.

Dans "Le joueur d'échecs"    "J'essayai de jouer avec moi-même ou plutôt contre moi-même"  "Vouloir jouer aux échecs contre soi-même, est aussi paradoxal que de vouloir marcher sur son ombre."

 Une souffrance est là, même si jamais il ne la montre : il ne sait que faire bonne figure, toujours "tiré à quatre épingles" . Dans "Le joueur d'échecs", le narrateur tient le rôle de l'analyste. Freud, avec qui il a correspondu, avec qui il s'est affronté intellectuellement, lui a appris l'importance du corps en général et de la sexualité en particulier, dans la construction de la personnalité, de la personne, de la pensée. Cette perspective est très bouleversante pour quelqu'un qui, comme tous les hommes d'une certaine classe sociale, à Vienne, à cette époque, a été éduqué avec la suprématie de l'esprit.

"C'était plus que trop (tout ce qu'il fallait apprendre), et cela ne laissait presqu'aucune place pour les exercices corporels, les sports et les promenades, ni surtout pour les plaisirs et les divertissements."  Le monde d'hier p.46

 Dans "Le joueur d'échecs" le corps est omniprésent. C'est lui qui parle : il exprime la vie intérieure des personnages.

 Les rictus du visage du Dr B. évoque cette folie, cette monomanie dont il a été victime :

"A la vive lueur de la flamme, je remarquai qu'un tic nerveux, qui m'avait déjà frappé auparavant, en tordait le coin droit et revenait toutes les quelques minutes. Ce n'était qu'un mouvement fugitif, à peine perceptible, mais il donnait à tout son visage une expression étrangement inquiète." p.49

"le tic faisait tressaillir toujours plus souvent le coin de la bouche..." p.89

Les mouvements incontrôlés du corps du  Dr B.évoquent son trouble :

"...et ses doigts tremblaient tellement, que par deux fois un pion s'en échappa et roula sur le plancher." p.89

"Cette monomanie finit par m'empoisonner le corps autant que l'esprit... j'allais et venais, les poings fermés." p75

  Les grimaces de MacConnor évoquent sa colère :

"Rouge jusquà la racine des cheveux, les narines dilatées, il transpirait visiblement, et se mordait les lèvres."

Les changements de postures de Czentovic évoquent sa surprise :  

"Le champion qui avait toujours joué debout hésita..., et finit par s'asseoir. Il se laissa tomber à regret et pesamment sur son siège." p.38

Dans "Le joueur d'échecs" la sexualité est également omniprésente. Pas de femmes à désirer, mais de l'argent, beaucoup d'argent, ou pas d'argent .On sait le lien fait par Freud entre argent et "sexualité". Avec l'argent on compte : où suis-je dans la fratrie, dans le réseau social ? Le premier ? le dernier ? Le plus fort ? Ai-je le pouvoir ? Somme toute : où est l'échange ? où est le don ?où est le désir, où est l'amour ? Nous sommes bien là dans toute une symbolique ; la place donnée à l'argent par un individu ne serait pas du tout anodine.

Dans  "Le joueur d'échecs", deux joueurs ne dissocient pas le "jeu" de "l'argent" ; seul le héros veut l'ignorer.

*Czentovic, le champion, gagne sa vie avec les échecs. c'est "son métier" : il ne joue pas "par plaisir" ; "il vendit sa signature à un éditeur qui publiait une "philosophie du jeu d'échecs".

MacConnor, l'homme d'affaire, pense que "les gens vraiment capables ont toujours su faire leurs affaires". "Je préfère payer cash plutôt que ... d'être obligé de le remercier pour finir." L'argent ne pose pas problème.

 Seul, le héros, le Dr.B, refuse de lier l'argent au jeu . Or nous savons que son métier avait été de mettre à l'abri "les biens" du clergé et "la fortune" des membres de la famille impériale. La contradiction est bien présente : argent ou pas argent ? Sexe ou pas sexe ? Pouvoir ou pas pouvoir ? Plaisir ou pas plaisir ?

Peut-on échapper au sexe, à l'argent, aux pulsions, à son corps, au plaisir, au mal ou tout simplement à son inconscient ? Zweig peut-il admettre l'existence de l'incontrôlable ? "Le jeu d'échecs" est là, avec  ses cases bien tracées, ses pions bien différenciés.

"...le souci capital de ce temps était de cacher et de dissimuler" confie Zweig dans "Le Monde d'hier". Le grand moyen pour "cacher", "se cacher" dont dispose l'homme est de donner la  main à l'esprit. L'esprit qui aidé par la raison, sait rester maître et faire "Echec" et "Mat" aux données gênantes en les refoulant dans l'inconscient.

"Si un lord Rothschild est devenu ornithologiste, un Warburg historien de l'art, un Cassirer philosophe, un Sasoon poète, c'est pas un hasard ; ils ont obéi à la même tendance inconsciente à se libérer de ce qui a rétréci le judaïsme, de la froide quête de l'argent, et que peut-être même que par là s'exprime la secrète aspiration à échapper, par la fuite dans le spirituel, à ce qui n'est que juif, pour se fondre dans la commune humanité." Le Monde d'hier

Et qui sauvegarde "l'esprit" : la Culture ! La culture occupe, chez Zweig une place centrale.

La culture, qu'est-ce à dire ? Un territoire ?  l'Autriche pour Zweig ou peut-être plus justement l'Europe. Un lieu géographique. Mais qui dit "géographie", "terre", dit frontières, économie, pouvoir politique. Qui contrôle ? Qui s'allie avec qui ? Ou bien s'agit-il  d'un "lieu" culturel, un groupe social où certaines  valeurs ont été retenues dans la gestion des comportements quotidiens. Or de nombreux peuples cohabitent : quelle langue sera principale ? quelle religion ? quelle morale (le bien) ? quelle esthétique (le beau)?    Dans la vie, les frontières bougent, les valeurs se modifient. La vie ne semble pouvoir être conçue sans "jeu" et sans "enjeux politiques".

 Le Damier du jeu d'échecs est là. Chaque pièce est différente, joue un certain rôle, jouit d'un certain pouvoir : c'est une grande stabilité ; pas de blanc, pas de "jeu", pas "d'enjeu" : juste le Fun ! Juste la passion de la logique : "Echec et Mat" et on recommence. Le pouvoir est sauvegardé. 

Corps, sexualité, inconscient, esprit, culture !

Zweig, ne viendrait-il pas de prendre conscience de son erreur ? Zweig se vit en errance. comme le "joueur d'échecs" est sur un paquebot perdu au milieu des eaux, ou enfermé dans un lieu impersonnel : une chambre d'hôtel, ou, à la finale, enfermé dans sa tête en jouant en imagination. Il ne peut détacher son identité du "territoire géographique" qui était le sien : l'Autriche ; Il ne peut détacher son identité du "référent culturel" qui était le sien : l'Europe. L'europe a éclaté ; l'Autriche a été absorbée par l'Allemagne (1938) mais Zweig refuse la terre du sionnisme que lui propose Herzl. Il préfère fuir car il ne veut renoncer à rien : il s'est exilé, en 1940, au Brésil. Il ne supporte pas ces changements qui modifient son identité, pour lui,  contenue toute entière, dans le regard de l'autre, si central dans cette culture.

Dans "Le joueur d'échecs", le Regard tient une grande place.

Le regard des journalistes, du public sur le pont (les passagers, les steewarts), du narrateur (comme barrière à la folie du Dr B) est perçu comme essentiel. L'absence du regard des "autres" pendant la détention de B. est présentée comme insupportable : "le vide, le néant, la solitude", insupportable au point de préférer "se dédoubler", inventer un autre en quelque sorte. Son nom, son identité, se réduit à une Lettre.

Par contre, Czentovic, qui sait qui il est (un Champion), ne ressent pas le besoin d'entretenir des relations précises, courtoises avec les gens du pont et ne demeure pas au milieu des autres pendant les parties.

Le coup de boutoir donnée par l'histoire à cette culture phare de l'Autriche, de Vienne, de Paris, de Berlin....fait vaciller "le monde" de Zweig.

"Acceuillante et douée d'un sens particulier de la réceptivité, cette cité attira à elle les forces les plus disparates, elle les détendit, les assouplit, les apaisa ; la vie était douce dans cette atmosphère de conciliation spirituelle et, à son insu, chaque citoyen de cette ville recevait d'elle une éducation qui transcendait les limites nationales, une éducation cosmopolite, une éducation de citoyen du monde."     Le Monde d'Hier p.28

  "Culture phare", culture d'un certain milieu, d'une certaine classe sociale qui, non seulement a le pouvoir, mais entend bien le conserver grâce à cette culture même ; une culture qui crée pour  le plaisir d'une élite. Zweig est né dans une famille de grands Bourgeois, sans qu'il n'ait jamais à se préoccuper de gagner sa vie. Il a eu accès aux études dans ce qu'elles ont de plus classiques. Certes, il critiquera facilement la façon dont on lui a transmis, mais il en reste marqué et y reste attaché : elle est valorisante. Il s'interroge : le travail de l'esprit peut-il exister hors cette culture qui est la sienne ?     

 Dans "Le joueur d'échecs",

* La critique  du champion est acerbe : il n'a pas ni savoir, ni connaissance !      

 "D'abord tenu secret, le bruit couru bientôt que ce champion était incapable en privé d'écrire une phrase, même dans sa propre langue, sans faire des fautes d'orthographe..."

"Il ne lisait encore un livre ou un journal qu'au prix des plus grands efforts."

"Et puis, n'est-il pas diablement aisé, en fait, de se prendre pour un grand homme quand on ne soupçonne pas le moins du monde qu'un Rembrandt, un Beethoven, un Dante ou un Napoléon ont jamais existé ?"

*Le Dr. B, lui, se sent sauvé lorsqu'il aperçoit un livre dans la poche d'un gardien.

"Un livre ! un livre dans lequel je verrais des mots alignés...suivre des pensées qui me détourneraient de la mienne."

"Il m'était interdit d'avoir un livre, un journal, du papier ou un crayon."

La raison n'est pas l'esprit : la raison (la logique) ne se doit-elle pas de s'allier à l'esprit (la psychologie, le politique..) pour agir ? Dans la nouvelle "Le joueur d'échecs", nous nous trouvons en présence de deux individus en recherche de survie. Blessés par l'histoire, la mort des parents pour l'un, la torture mentale pour l'autre, la souffrance de chacun est manifeste : Mirko fixait d'un oeil vide ; M.B... regardait fixement le même papier ; Mirko ne jouait jamais avec les garçons de son âge ; M.B... n'avait pas le choix pour échapper à la folie et à la totale décrépitude de mon esprit.

Le jeu d'échecs est pour les deux un moyen d'échapper à cette souffrance.

Mais pour l'un, Czentovic, l'emporter sur l'adversaire est le seul but poursuivi : la raison, la logique est au poste de commande. L'argent gagné, qui lui permettra de vivre, lui, le fils de batelier, lui donne toute satisfaction. Par contre, M.B... exige du "jeu" bien autre chose, lui le grand bourgeois : faire vivre sa pensée, lui faire atteindre une vérité (cf. Wittgenstein et Russell). "Il [le jeu d'échecs] poursuit un développement continuel, mais il reste stérile ; c'est une pensée qui ne mène à rien, une mathématique qui n'établit rien, un art qui ne laisse pas d'oeuvre..."

Zweig, n'est pas un philosophe. Certes, sous la pression de son père, il a fait de vagues études de philosophie (thèse sur Taine). Il a aimé Nietzsche pour sa démesure créatrice en même temps qu' Erasme pour son humanisme.

Moraliste, Zweig nest pas un politique.

Pour lui, les rapports de force ne sont pas inhérents à la vie. Toute contradiction doit être gommée. Cest ce qu'il désire croire, lui qui pourtant n'a cessé de les détecter et de les examiner avec une grande finesse, une grande beauté, au sein des individus !!! Il ne peut faire autrement que d'y croire. Son idéalisme est démesuré. Tout se passe comme s'il n'avait pas la capacité, la force, de reconnaître son erreur d'analyse. M.B... perdra, préférant le monde imaginaire de la folie à la réalité la plus triviale. Zweig préfèrera dans un premier temps, le monde imaginaire de l'Art, dans un second temps, épuisé, le hors-monde de la mort."Le joueur d'échecs" comme un testament.

 Ne pourait-on pas dire que tout advient, pour Zweig, le jour où "le politique" prend le pas sur "le culturel" ? Les faits politiques s'imposent comme toile de fond dans la nouvelle du Joueur d'échecs. Quelque part, "la politique", il la joue "à l'aveugle" : elle est là, mais il ne la veut pas. Il n'acceptera jamais de prendre position ouvertement dans le débat politique. C'est un artiste. Tout est en place dans la cellule : le lit, la fenêtre, la tapisserie... mais il n'y a personne, que lui, sans nom, M.B...et personne ne peut l'entendre.

« Très cher ami, je vous écris à un des moments les plus difficiles de ma vie. Aujourd’hui seulement, je m’aperçois des ravages terribles que la guerre a provoqué dans mon univers humain et spirituel: tel un exilé, dépouillé et sans ressource, je suis obligé de fuir la maison en feu de ma vie intérieure, pour aller où – je n’en sais rien. […]

Moi, je ne peux que souffrir en silence. Je redoute terriblement les journées et les années à venir. Comment sera ma vie, qui jusqu’à présent se faufilait librement entre les préjugés, comment vais-je pouvoir respirer au milieu de toute cette malveillance? Ma vie me semble à présent déchirée et privée de sa joie spirituelle la plus élevée; qui me rendra mon sentiment européen et le sens de l’humanité? Ces centaines de milliers de morts vont élever leurs voix, ils vont s’emparer de toute notre espace, de tout notre bonheur, à nous les vivants ! Mon monde, le monde que j’aimais est de toute façon détruit, tout ce que nous avons semé est foulé aux pieds. A quoi bon recommencer une nouvelle fois ?»

Stefan Zweig, lettre à Romain Rolland, Vienne, 9 Novembre 1914

C'est Czentovic qui a le mot de la fin : la raison, et même l'esprit, sans la psychologie n'est rien : le temps a fait chuter M.B..; la "culture", sans l'espace et le temps et sans la globalité de la personne, n'est que "savoir" inopérant.

Suicide romantique de Zweig ? Sans doute, pour avoir aimé avec passion "la culture" comme une femme !

  cf. Sur la passion : le Site de France Culture "Le régime des passions"

     Esquisse bibliographique

Ses oeuvres -

 actuellement Lecture, sur France Culture, de son avant dernière oeuvre "Le monde d'hier"

 

Ecrits concernant les "contextes"

  * J. B. Duroselle  (Historien) L'Europe : histoire de ses peuples (1917-1994),  aux éditions Hachette / pluriel 

* Walter Laqueur (Historien) Weimar 1918-1933,  aux éditions Hachette / pluriel en 1974

* Michael Pollak Vienne 1900 aux éditions Gallimard / Archives

 

* Claudio Magris  (universitaire italien, journaliste)  Danube aux éditions Gallimard/folio

* VIENNE 1880-1938 -L'Apocalypse joyeuse Catalogue d'exposition sous la direction de Jean Clair, historien d'art,   aux éditions Centre Georges Pompidou (exposition de 1986)

* VIENNE  Fin de siècle 1880-1938 éditions Hazan 2005

 

Ecrits "à propos de..."

* Dominique Bona (professeur Lettres modernes, Journaliste, écrivaine)  Stefan  ZWEIG, l'ami blessé, biographie. Plon éd. 1996        

* Donald A. Prater (Enseignant, Diplomate, écrivain/ anglais) Stefan ZWEIG, aux éditions La Table Ronde en 1988 (actuellement en poche)            à noter : spécialiste de Zweig

* Jean-Jacques Lafaye ( Journaliste), L'avenir de la  nostalgie, une vie de Stefan Zweig aux éditions Hermann 2010

* Klemens Renolder, Hildemar Holl, Peter Karlhuber Stefan Zweig, instants d'une vie, éditions du Stock 1994

* Volker  Weidermann  Ostende 1936  - un été avec Stefan ZWEIG aux éditions Piranha 2015 

 

* Une Bande dessinée (Laurent Seksik et Guillaume Sorel): Les derniers jours de Stefa Zweig,  aux éditions Casterman 2012

 

Ecrits parcourant "le Joueur d'échecs"  

* Elisabeth Rothmund Le joueur d'échecs  aux éditions Ellipses 2000
* Jean-Louis  Ferrignaud  Premières leçons sur Le joueur d'échecs  aux éditions PUF 2001

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